Pique de Lune

En pensant à

Oh non. Elle ne lui dira jamais « Aime moi jusqu'à ton dernier souffle. » ou encore « Le monde s'en fou, demain est un autre jour, sans moi. ». Jamais elle n'avouera qu'elle tuerait pour rester entre ses bras encore quelques heures, quelques minutes, quelques secondes. Jamais elle ne lui sourira aussi sincèrement et rêveuse comme une adolescente que quand elle est seule et que voir son visage est un rêve qui s'étiole comme tous les autres. Et que le regret et la déception se mêlent à cette cuisante sensation d'échec, et que le sourire colgate devient sa hantise et sa haine.

Quand elle le verra elle sourira, comme tous les autres jours, et un rapide baiser et quelques mots parfairont le tableau. Elle s'allumera une cigarette, pour garder contenance. Parce que ça fait mieux qu'avoir quelque chose à faire et les mains occupées. Alors que ses mains elle leur imagine milles caresse, milles baisers volés. Et elle oublie. Elle se laisse aller au moment, riant, jouant de ses œillades et calculant chaque geste. Apparaissant froide et comme tous les autres jours. Alors qu'en elle brûlerait ce désir de le toucher, de le regarder dans les yeux, d'aller au-delà des mots. Parce qu'elle juge stupide ces déclarations d'amour. Parce que ce monde rejette toute forme de tendresse véritable. Elle jouera le jeu, comme tous les autres jours. Comme tous les autres.

Alors froide elle restera.

Et pourtant elle crève d'envie de lui dire d'ouvrir les yeux. Elle crève d'envie de se secouer, juste pour un instant. Ou pour plus longtemps. Et pourtant elle n'en fera rien. Pas avant d'avoir la certitude qu'après ce moment elle redeviendra la même. Pas avant de perdre son temps en réflexions inutiles. Hé oui chérie, une clope au coin des lèvres tu lèveras les yeux vers lui … Et une seconde plus tard c'est le ciel qui t'éblouira, et tes pieds que tu observera. Sans oser. Sans bouger. Sans le connaître comme ces filles l'ont déjà connu. Ton esprit gamberge toujours plus, toujours plus loin … L'extravagance te caractérise si bien que la réalité s'estompe. Il n'y a que lui et toi. Mais tu ne profites pas, à ceci prés que tu imagines. Et que ça te plombe d'y penser sans savoir que faire.

Et puis le soir venu, tu te referas tout le film de ce moment.

Et tu chialeras, avant que le jour ne se lève.

Février 2008


Article ajouté le 2008-09-08 , consulté 50 fois

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